Résumé du livre :
Ce livre est un livre d’une psychanalyste, ce n’est pas un livre de psychanalyse.
C’est le livre d’une psychanalyste habituée aux patients obèses car elle reçoit les personnes désirant une gastroplastie.
C’est une psychanalyste qui s’interroge sur les diverses causes de l’obésité vécue par ces personnes.
D’où le plan du livre, « en entonnoir ». Nous partons du phénomène mondial, des causes économiques, sociologiques… Le paradoxe d’une société sous le diktat de la minceur et les impératifs de consommation à outrance est clairement évoqué dès les premières pages.
Paradoxe qui se révèle piège pour les personnes en embonpoint, les régimes Yoyo transformeront alors ce surpoids en obésité. Le titre « Obésités », au pluriel, interroge une différence entre surpoids et obésité. Avant d’aborder ce qui est bien sûr le point central du livre d’une psychanalyste, nous verrons les évolutions historiques de cette notion d’obésité, qui subit les effets de mode. Nous ferons le tour d’horizon médical des données actuelles selon les types d’obésité. L’intérêt de ce livre est aussi là. Ne pas se situer exclusivement dans une approche en oubliant les multiples facteurs pesant sur un individu à un temps T et dans une société donnée. Un regard ethnologique complète ce livre. Comprendre les résistances au changement est l’un des messages délivrés par l’auteure. Le livre est destiné à un large public, si ce n’est à un grand public.
Que 95 % des régimes, à 5 ans, aboutissent à une reprise du poids est de notoriété publique, hors cette façon de « commencer par la guérison », commencer par la fin, maigrir, est l’approche dominante (exclusive ?) actuelle.
Comment passer d’abord, et en parallèle, par la case « compréhension du symptôme » si ce n’est en interrogeant la question du sens de ce symptôme et de commencer par la faim ? Les maîtres mots de l’ouvrage sont jetés : symptôme et sens.
Un symptôme se charge de montrer que quelque chose ne va pas, la personne ne peut donc que résister à abandonner ce symptôme, quelque soit par ailleurs le désagrément qu’il entraîne. On comprend alors les échecs répétés des régimes si l’on ne s’occupe pas de modifier ce qui crée le surpoids puis l’obésité. Tout comme avec l’alcool, tous les buveurs excessifs occasionnels ne sombrent pas dans l’alcoolisme, dans la dépendance. Ce parallèle est extrêmement intéressant et l’approche de l’un enrichit l’autre. La question des addictions mérite d’être posée.
Les pathologies de l’excès caricaturent l’usage socialement valorisé, encouragé et de ce fait ces pathologies sont toujours très mal acceptées ? « Ces gens qui ne savent pas se tenir » sont rejetés car la frontière avec tout un chacun, avec la limite est mal définie. Les petites différences effraient et suscitent un rejet proportionnel à cet effroi.
Qu’est ce qu’une addiction ? Une recherche, pour colmater, compenser, se faire du bien… Quelque chose d’extérieur à soi se voit attribuer ce pouvoir. Bien sûr, ça s’avèrera faux. Alors ? Plus de la même chose ! L’engrenage. Une dépendance est ainsi enclenchée, différente selon le produit qui possède une logique propre. Evidemment, les effets de l’alcool et de la nourriture par ex. ne sont pas identiques. Mais ce besoin d’engouffrer l’est. En raison d’un gouffre sans fond justement, mais non sans fondement, et parfois sur plusieurs générations. La recherche de la dépendance (et non l’inverse) est rassurant ! Pouvoir nommer à quoi on est « accro », finalement, c’est plus simple qu’un malaise diffus, profond. Et en plus, c’est le produit qui est mauvais, dangereux, etc…
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Lorsque nous accompagnons les patients chez la psychanalyste, nous assistons à une vraie consultation. Les cas présentés sont effectivement touchants et très sympathiques.
Lorsque nous accompagnons la psychanalyste dans sa « boîte à outils », lorsqu’elle nous présente les outils psychanalytiques utilisés pour penser/panser les situations, nous comprenons, nous devinons, les mécanismes qui se combinent les uns aux autres pour créer une pathologie lourde.
Ne l’oublions pas, l’obésité est un fléau dont on meurt, dont les complications, pour être exact, concernent une population de plus en plus large. C’est pour cela que ce livre est important. Parce que l’articulation psycho-soma est ici tellement évidente que l’oublier dans le traitement ne sera plus possible pour remédier à ce qui est beaucoup plus qu’un souci esthétique et traduit un mal-être profond, inconscient. Les outils (régimes, sport, chirurgie) ne peuvent suffire sans plonger dans les causes psychiques profondes ayant entraîné un problème sur de longues années, avec des essais de solutions se soldant toujours par un échec. Remonter aux origines de la souffrance permet aux personnes d’accepter un changement d’attitude nécessaire vis à vis de la nourriture, changement en termes de quantité et de qualité, bien sûr. Changement qui pour durer ne peut être entrepris qu’au « bon moment », défini par la personne elle-même, sinon nous constatons dans les 95% des cas que privation = frustration = transgression à terme. Et ce n’est pas qu’un défaut de volonté !
Les mots pour dire plutôt que l’expression corporelle !